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Les investisseurs ont-ils vraiment un goût du risque plus prononcé que les investisseuses ?

par le Prof. Dr Andreas Dietrich, Reto Wernli et Sebastian Comment

Un cliché courant veut que les hommes aient davantage le goût du risque que les femmes. Mais cela s’applique-t-il également au comportement en matière de placement ? Une enquête en Suisse relève effectivement des indices en ce sens : ainsi les hommes investissent par exemple beaucoup plus souvent en actions que les femmes. Mais un examen approfondi des données de l’enquête montre également que la thématique du genre pure ne va pas assez loin. Un sondage sur la plate-forme clevercircles indique par ailleurs que les hommes et les femmes ont des avis différents sur l’évolution actuelle du marché et que les opinions s’adaptent plus ou moins vite à une nouvelle situation.

Les Suissesses investissent-elles vraiment autrement que les Suisses ?

Concernant le comportement en matière de placement, plusieurs études scientifiques menées sur le plan international ont relevé des preuves statistiques de l’appétence au risque différente des deux sexes. Selon une enquête sur le comportement de placement menée à la demande de la Banque CIC auprès de 1020 personnes en Suisse, ce rapport semble également exister en Suisse. Si l’on mesure par exemple l’inclination au risque des deux sexes sur la base de leurs investissements en actions, les femmes semblent à première vue avoir une aversion au risque nettement plus importante que les hommes.

De façon générale, les femmes investissent moins souvent sur les marchés financiers que les hommes et quand elles le font, c’est plus rarement en actions. Les investisseuses ont, en revanche, tendance à privilégier les placements moins risqués. Les trois catégories de placement les plus fréquemment citées sont les fonds de placement, les obligations et les actions.

Les femmes préfèrent les fonds de placement avec 58 % des citations. Le graphique montre par ailleurs que les investisseuses recourent aussi souvent aux actions qu’aux obligations. Ces dernières subissent en principe des fluctuations de cours nettement plus faibles que les actions. De leur côté, les hommes investissent nettement plus souvent en actions qu’en obligations (63 % contre 40 %). Les investisseuses semblent donc en moyenne privilégier davantage les investissements défensifs par rapport aux hommes.

Alors que seule une investisseuse sur deux (45 %) a déjà investi en actions, cette valeur est de 63 % chez les hommes et donc supérieure de près de 20 points de pourcentage. Globalement, on peut retenir que près de la moitié des femmes interrogées (47 %) investit sur les marchés financiers (en obligations, matières premières, fonds de placement, produits structurés ou actions). Chez les hommes, cette valeur est de 60 %.

En termes de revenus, les hommes sont mieux placés que les femmes. 44 % des investisseurs affichent un revenu de
CHF 9000 ou plus. Les investisseuses ne sont que 35 %. La figure 2 montre en outre que les investisseurs ont plus souvent tendance à effectuer leurs placements de manière autonome que les investisseuses (investisseurs dits « en solo »).

La propension au risque est en corrélation avec le revenu

Les décisions de placement sont aussi toujours prises dans le contexte de la propre situation économique et des préférences personnelles. Comme indiqué ci-dessus, les hommes sont proportionnellement plus nombreux que les femmes à avoir un revenu mensuel supérieur à CHF 9000. Les différences dans le comportement en matière de placement entre les hommes et les femmes s ‘expliquent-elles par les écarts de revenu ou des facteurs spécifiques au sexe ?

Le fait d’interroger les investisseurs séparément sur le revenu de leur ménage offre un tableau différencié. Contrairement à la vision agrégée, les investisseuses des catégories de revenus inférieures ont par exemple une plus forte propension au risque que les hommes. De façon générale, les investisseurs ont une propension au risque grandissante, plus leur revenu est élevé. Alors que seuls 40 % des catégories de revenus les plus basses possèdent des actions en guise de  placement, plus de 68 % de ceux qui ont un revenu mensuel supérieur à CHF 9000 ont investi en actions. Il n’est pas surprenant que les catégories de revenus plus élevées aient une tolérance au risque supérieure et investissent donc plus en actions. Il est toutefois intéressant de noter que c’est l’inverse chez les investisseuses. Chez les hommes, la propension au risque concernant les placements augmente parallèlement au revenu, alors qu’elle baisse chez les femmes. Comme la plupart des investisseurs appartiennent à la catégorie de revenu moyenne et supérieure, les femmes ont une aversion au risque nettement plus élevée au niveau agrégé.

Les femmes qui investissent de façon autonome ont plutôt une aversion au risque

Les décisions d’investissement sont souvent influencées par les personnes proches ou les avis professionnels. Un investisseur privé sur deux en Suisse implique une ou plusieurs personnes dans ses décisions de placement. Comme indiqué ci-dessus, environ la moitié des investisseurs gèrent toutefois leurs placements de manière autonome, autrement dit sans conseil ni mandat de gestion de fortune. Si l’on estime avoir de bonnes connaissances en matière de placement, on a davantage tendance à agir en solo. Les hommes sont en moyenne des investisseurs plus indépendants que les femmes (55 % contre 41 %). La Abbildung 4 montre l’étendue de la propension au risque en fonction du comportement en matière de placement, autrement dit entre investisseurs en solo et investisseurs sollicitant un conseil quel qu’il soit. Une différenciation par sexe et par évaluation personnelle des connaissances en matière de placement a en outre été opérée.

On remarque pour commencer que les différences de sexe concernant l’aversion au risque dans le comportement en matière d’investissement ne se manifestent que chez les investisseurs indépendants. Les hommes comme les femmes qui estiment être des investisseurs chevronnés et qui sollicitent un conseil en placement investissent autant en actions avec 61 %. Les investisseurs inexpérimentés se voient logiquement moins souvent conseiller des actions (34 % et 35 %). La différence la plus nette entre les sexes concerne les investisseurs en solo qui indiquent n’avoir aucune expérience. La part des investisseurs en actions est deux fois plus élevée chez les hommes que chez les femmes. Cela suggère une propension au risque bien plus forte des hommes.

Chez les femmes, le rapport entre inclination au risque et style de placement est inverse. Lorsque les femmes gèrent leurs placements de façon autonome, elles investissent moins souvent en actions que lorsqu’elles sont conseillées (sans expérience 32 % et avec expérience 56 %). Une tentative d’explication pourrait être que les femmes s’intéressent moins aux marchés financiers et ont donc moins confiance en leur connaissance des placements que les hommes.

Net revirement d’opinion des investisseurs concernant les perspectives du marché

Les femmes sont-elles également plus prudentes concernant leur estimation de l’évolution générale de l’économie et du marché des actions que les hommes ? Entre décembre 2017 et juin 2018, la plate-forme de placement clevercircles a interrogé les investisseurs sur leurs opinions concernant différentes évolutions du marché, à quatre reprises.

Jusqu’au printemps 2018, les femmes avaient en moyenne encore une attitude majoritairement positive. Un revirement d’opinion s’est ensuite produit lors des deux votations en avril. Depuis, seul un bon tiers des femmes estime encore que l’évolution générale du marché est positive. Le revirement d’opinion a encore été plus net chez les hommes. Jusqu’en février, plus des deux tiers affichaient une opinion positive, voire très positive. Cette part a toutefois progressivement diminué. En juillet 2018, seul un tiers des hommes interrogés était encore optimiste quant à la situation sur le marché.

La part des femmes ayant une opinion positive de l’économie et des marchés a baissé de 20 points de pourcentage depuis décembre 2017. La part des optimistes a reculé de plus de 50 points de pourcentage chez les hommes. Cela suggère que l’évaluation du marché par les hommes interrogés est nettement plus volatile que celle des femmes.

Les femmes se focalisent davantage sur le marché domestique

Bien que les femmes changent moins rapidement d’avis concernant l’évolution du marché que les hommes, elles réagissent à l’évolution des conditions-cadres. Mais elles semblent le faire de façon plus sélective que les hommes. Fin 2017, un quart des hommes et femmes interrogés pensait ainsi que l’évolution économique aux États-Unis était meilleure par rapport à celle de l’UE et de la Suisse. Six mois plus tard, cette part a baissé à 16 % chez les hommes et même à 8 % chez les femmes. On peut supposer que ce revirement d’opinion est au moins en partie lié aux changements de la politique économique.

Le constat de l’opinion biaisée des femmes en faveur du marché domestique ressort est encore plus nettement. En juin, près d’une femme sur deux considérait que l’évolution économique de la Suisse était meilleure que celle des États-Unis ou de l’UE. Parmi les hommes, seul un tiers estime en revanche que le marché domestique se classe en tête.

Conclusion

Les femmes investissent moins souvent sur les marchés financiers que les hommes. Si elles le font, leurs investissements portent plus rarement sur les actions plus volatiles que les autres possibilités de placement. On peut en déduire que les investisseuses ont en principe une plus grande aversion au risque que les hommes. La distinction par catégories de revenus montre cependant que cette affirmation doit être quelque peu relativisée. Les investisseuses de la catégorie de revenus inférieure ont une plus grande propension au risque que leurs pairs masculins. Dans les catégories de revenus les plus élevées, les hommes investissent en revanche nettement plus souvent en actions que les femmes.

Par ailleurs, les investisseurs semblent de façon générale avoir une plus grande propension au risque lorsqu’ils ont confiance en leurs connaissances des placements. Cela apparaît clairement chez les investisseurs qui font appel à un conseiller. Les investisseurs masculins qui prennent leurs décisions de placement sans conseiller ont une propension au risque surprenante, même lorsqu’ils considèrent que leurs connaissances des placements sont faibles.

En matière d’évaluation de l’économie et du marché, les hommes semblent ajuster leurs opinions plus rapidement que les femmes. Ainsi, en l’espace de seulement six mois, le nombre d’optimistes a baissé de 50 points de pourcentage chez les hommes, alors que le recul était nettement plus modéré chez les femmes avec seulement 20 points de pourcentage. On remarque également les préférences régionales. Les femmes ont une confiance bien plus grande dans l’évolution des marchés domestiques. Ce biais en faveur du marché domestique peut également être interprété comme un signe de prudence. En effet, il devrait être plus aisé d'évaluer les évolutions locales que celles d’autres pays.

A propos de l’enquête

À la demande de la Banque CIC, 1020 personnes en Suisse âgées de 16 à 75 ans ont été interrogées. L’accent a été mis sur les besoins et les expériences dans le domaine des placements et le comportement en matière d’investissement. Les réponses ont été pondérées pour l’analyse afin d’améliorer la pertinence des résultats de l’enquête. Cette pondération a porté sur la catégorie d’âge, le sexe et la région linguistique (à l’exclusion du Tessin), pour que l’échantillon reflète la structure de la population résidente suisse. L’échantillon est de sexe féminin à 49,8 %. Cela correspond précisément à la population résidente suisse dans cette catégorie d’âge (source : OFS). Trois-quarts vivent en Suisse alémanique et un quart en Suisse romande.

A propos de clevercircles

Clevercircles est une nouvelle plate-forme de placement de la Banque CIC, qui est en ligne depuis mai 2018. Les clients définissent une stratégie de placement individuelle constituée d’ETF et de fonds indiciels et peuvent régulièrement l’adapter à leurs anticipations du marché, dans le cadre d’une allocation tactique des actifs. Concernant la formation d’une opinion sur les perspectives du marché, clevercircles offre une possibilité de concertation avec des personnes et groupes de personnes librement choisis, des spécialistes et/ou la communauté (« social forecasting »). À un rythme bimestriel, tous les participants peuvent formuler sur clevercircles leurs attentes concernant les principaux marchés dans un questionnaire standardisé, dans le cadre d’un vote aveugle. Les votes de décembre 2017 à avril 2018 sur lesquels se fonde l’analyse ci-dessus ont été réalisés pendant la phase bêta semi-publique.  Pour de plus amples informations :  https://clevercircles.ch/votations


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